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14 décembre 2020 1 14 /12 /décembre /2020 10:03

Elias, Odyssée du 21e siècle.

Par Mohamed Bouhamidi.  

Un masque, contrairement à ce qu’on croirait de bonne foi, pourrait-il être notre miroir plutôt que notre dissimulation ?  Dans ce roman, Elias, qu’on peut nommer, pour plusieurs raisons légitimes, de roman des allégories, Ahmed Benzelikha construit un personnage central. Elias, dont le nom est aussi le titre du roman, ouvre cette fiction, par les portes d’une première métaphore, celle de l’hébétude. Hébétude d’une vie qui pèse au-delà du supportable sur les épaules d’Elias et le mène aux confins d’une frontière abstraite mais anxiogène, une frontière métaphysique. Le besoin du sens du monde, le besoin de savoir mais aussi la question : peut-on savoir dans le sens du Savoir total métaphysique ? – tout cela forme le ressort de ses lectures et leurs résultats.

Elias comme dans les légendes ou les sources poétiques de l’histoire de la Méditerranée prendra le bateau, pour aller chercher un masque dont il est dit dans de vieux livres – et confirmé dans l’un d’eux en particulier lié aux ruines d’un site historique – qu’il est le masque de Dieu, au sens qu’il appartient à Dieu ou qu’il est le masque de la Vérité.

Les noms des personnages rappellent quelques grandes figures de l’Odyssée, nous lient aussi à des événements marquants des tragédies qui secouèrent les Balkans et leur rapport avec la Grèce. Ils nous mènent aussi par paraboles. emboîtées en poupées russes, aux nouvelles « réalités » de la communication planétaire via la puissance Internet et via la puissance qu’elle peut conférer à des personnages maléfiques comme Mark IV, pirate informatique et pirate des mers, ou à son associé et complice le Docteur Morfal, érudit et président du conseil d’administration d’une surpuissante multinationale. Représentation. aussi et représentation. réussie que les multinationales sont en majorité une forme de spoliation du travail par la violence de Mark IV, de sa ruse, de ses moyens de tromperie.

Le commandant  Bramble, capitaine du bateau Le Moïse  dont le nom nous ramène explicitement à une métaphore biblique est un mixage de la Méditerranée, maltais mais surtout grec, et certainement autre chose, et féru de Montaigne et de poésie ; son second, Mihel, qui a longtemps navigué dans les eaux américaines et en est sorti en ramenant la panoplie de tous les vices ; le cuisinier hindou sans nom mais qui sait des choses sur le masque que cherchent Elias et Mark IV, pour des raisons aussi diamétralement opposées que le Bien et le Mal – tous ces marins issus de  différents pays nous renvoient cette image cosmopolite de la  marine marchande actuelle mais certainement tout aussi vraie pour la marine antique et la diversité d’origine de ses marins ou de ses rameurs.

Le roman est, en soi, comme un miroir de l’Odyssée réécrite au 21ème siècle.

Roman des paraboles, Elias est aussi un roman de l’exploration de la manipulation.

La force de Mark IV  et celle du docteur Morfal n’est pas dans la puissance prêtée à la maîtrise informatique. Celle-ci joue un rôle primordial dans la conduite des opérations concrètes mais la base de la collecte des « savoirs » sur les autres est en réalité la corruption : l’argent coulant des mains de Mark IV à Mihel le borgne. Cette manipulation se dévoile au grand jour grâce à Theodoros, marin qui a sauvé Elias de la mort, et dont l’île est contrôlée et les marins exploités par mensonges et réécriture de l’histoire de la part d’un criminel de guerre d’un pays des Balkans recyclé armateur, négociant, propriétaire foncier, etc. 

Vers la fin du roman, en filigrane des légendes et des allégories apparaît de plus en plus clairement que derrière les constructions  de fausses puissances « informatiques » de Mark IV et de Morfal et de leurs vrais mensonges se joue une lutte planétaire pour le contrôle des routes commerciales et des zones à hautes richesses et rentabilité comme le Golfe de Guinée.

La beauté de ce roman n’est  pas seulement cette ouverture du voyage d’Elias sur les grimoires du temps passé et ce qu’ils nous rappellent des questions fondamentales  du sens de la vie.

Cette beauté se dévoile également dans la réussite de cette modernisation de l’idée d’une odyssée humaine dont les sirènes maléfiques ont pour nom docteur Morfal et  Mark IV que les services secrets chinois liquideront.

Symbolique aussi que la découverte, par Elias, du masque dans ses affaires  où l’aurait mis le vieil ermite d’une île grecque désolée et aride, et dont meurt Elias pour l’avoir porté et s’être élevé aux cimes vertigineuses du savoir ?
Mais de quel savoir, alors qu’il meurt en ignorant les autres facettes des Morfal, des Mark IV, de la vengeance des services secrets chinois ?   

Elias, d’Ahmed Benzelikha. Roman, 89 pages, éditions Casbah.

 

Mohamed Bouhamidi in    https://collectifnovembre.com/2020/12/12/elias-roman-dahmed-benzelikha-par-mohamed-bouhamidi/

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 15:29

AGORA DU LIVRE

LORSQUE LE PERSONNAGE D'ELIAS S'ABREUVE A 
LA FONTAINE DE SIDI HASSAN SUR UN AIR DE MALOUF
par Abdelhakim Meziani
Une magnifique rencontre littéraire que celle abritée par la Librairie Media Book de l'Enag. Un public en or quelque peu transporté par l'imaginaire d'un auteur qui, tout en faisant preuve d'une tolérance et d'une ouverture insondables, n'en reste pas moins convaincu de la justesse de son intention. Celle qui consiste à souligner que tous les problèmes inhérents à une société donnée trouvent leur explication dans la manière de se transcender et d'interpeller les fondements de sa personnalité. Surtout lorsque le socle de celle-ci est porté par ce berceau de plusieurs civilisations  fondatrices, la Mer Méditerranée pour ne pas la désigner.L'auteur Ahmed Benzelikha excelle dans la manière de transcender objectivement les choses et de transmettre son argumentaire. Non sans ancrage andalou et avec quelques fragments suscités le plus souvent par le patrimoine cher au grand maître du malouf constantinois, je veux parler de cheikh Abdelkrim Bestandji. Pour ce linguiste qui sait aussi compter et conter, l'Agora du livre a été un merveilleux terrain de prédilection pour son talent d'orateur attentionné, ouvert et nourri de toutes les odyssées qu'elles soient imaginaires ou en relation avec les acquis religieux de l’Humanité. D'où cette lecture non sans magie qui réconcilie le lecteur avec sa muse ey qui donne la merveilleuse sensation de déjà vu et/ou de vécu. Ahmed Benzelikha est un auteur à lire et à découvrir. Nous devons cette approche emprunte d'imaginaire, de magie et d'humanisme au professionnalisme de Casbah Editions qui investit le champ éditorial national de fort belle manière, et chaque jour davantage.
A. M.

 

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29 septembre 2020 2 29 /09 /septembre /2020 09:10

 

http://www.almanach-dz.com/index.php?op=fiche&fiche=6594

 

Elias d'Ahmed Benzelikha un roman philosophique

ELIAS d'Ahmed Benzelikha par Belkacem Ahcène-Djaballah

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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 19:37

UNESCO : Ahmed Benzelikha : Vivre ensemble avec la pandémie

Vivre ensemble avec la pandémie : Les propositions d'Ahmed Benzelikha. Des gens meilleurs. Un monde meilleur.

Ahmed Benzelikha est écrivain et journaliste, linguiste et financier. Membre de l'UNESCO. Président du Comité National Mémoire du monde et ancien Vice-président du Programme international pour le développement de la Communication PIDC UNESCO.

 

 

#covid19 #propositions #humanisme #Benzelikha #UNESCO 

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3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 22:48

Reporters : Vous avez participé récemment (fin novembre) à la 40e Session de la Conférence générale de l’Unesco, qui s’est déroulée à Paris, et au courant de laquelle les Etats membres ont mandaté l’organisation pour travailler à l’élaboration de normes d’éthiques en matière d’Intelligence artificielle. Concrètement, qu’apportera cette décision ?
Ahmed Benzelikha : Cette initiative intervient à l’issue d’un processus qui a duré assez longtemps. Il y a eu ainsi plusieurs rencontres et évènements organisés par l’Unesco autour des problématiques ayant trait à l’Intelligence artificielle. C’est la somme de l’ensemble de ces actions et des pistes de réflexion qui se sont dégagées qui ont permis à la directrice générale de l’Unesco, d’abord, de faire un discours d’orientation autour des valeurs éthiques de l’intelligence artificielle, mais aussi de demander à la Conférence générale de confier ce mandat à l’Unesco, et je pense que c’est une excellente chose que de le faire avec une organisation multilatérale. Donner ce mandat à l’Unesco, c’est aussi donner un blanc-seing à la réflexion culturelle et scientifique, sur un aspect qui est aujourd’hui au centre des préoccupations d’avenir, en l’occurrence l’Intelligence artificielle.

D’ailleurs c’était le sujet de votre conférence animée samedi dernier à Alger. Où on est-on finalement en Algérie ?
En toute modestie, nous avons été précurseurs dans le pays. Nous avions déjà, en décembre 2018, ici même à Alger, abordé les aspects éthiques de l’intelligence artificielle dans le cadre des villes intelligentes, ou ce qu’on nomme communément « Smart City ».  Donc, nous sommes un peu sur la même lancée. Unesco-Algérie est au fait de la réflexion. Il y a aussi d’autres initiatives. Récemment, il y a eu à Constantine une rencontre, organisée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, autour de l’intelligence artificielle. Donc, on voit bien que, même si ce n’est encore que des prémices, la préoccupation est présente et les initiatives sont prises. Maintenant, il reste la concrétisation.

Concrétiser certes, mais avec qui ?
Je suis quelqu’un qui croit d’abord à l’initiative sociale, donc je dirai avec la société civile, avec les gens qui veulent réfléchir à ces thématiques ô combien importantes, mais aussi avec les structures officielles. Je pense en particulier aux structures de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, de l’Education, les entités qui encadrent les NTIC (Nouvelles technologies de l’information et de la communication, ndlr), des médias, les scientifiques de tous bords, les laboratoires de recherche, les sociologues…

Donc, avec tout le monde…
Oui, parce que l’informatique touche tout le monde et donc on se doit d’être attentif. S’il y a un mandat confié à l’Unesco, s’il y a un débat initié, ça veut dire que quelque part des décisions vont être prises.

Et évidemment, l’Algérie ne pourra pas être épargnée par l’impact de ces décisions…
Pas seulement en termes d’impact, mais de choix premiers. Mon souhait en tant qu’Algérien est que l’Algérie soit présente et propose un peu sa vision des choses et sa réflexion, parce que nous vivons dans un monde qui est aujourd’hui complètement mondialisé et complémentaire, dans lequel les absents ont toujours tort. Le savoir-faire n’est pas seulement l’informatique, au sens de science pure, mais aussi d’utilisateurs et d’intellectuels. En tant qu’intellectuels et intervenants dans le cadre des débats qui engagent l’humanité, il faut avoir notre mot à dire.

L’occasion pour le pays de ne plus être spectateur, mais acteur…
Absolument. Etre acteur, c’est avoir des idées novatrices, avoir des visions pour l’avenir du monde d’aujourd’hui, c’est aussi cette capacité de réunir les gens autour de valeurs de discours porteurs, généreux mais réalistes.  C’est les enjeux du débat qui est en train de prendre forme au niveau de l’Unesco et qui a déjà pris forme au niveau international. Je ne voudrai pas que ce débat puisse encore une fois, comme dans le terrain économique, être un débat de puissances mondiales, en l’occurrence les Etats-Unis et la Chine, qui aujourd’hui, justement, dominent l’Intelligence artificielle.

Ce qui nous amène à évoquer la grande concurrence dans l’IA entre les géants numériques américains, les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) et leurs homologues chinois, les BATX (Baidu, Alibaba Tencent et Xiaomi). Leurs puissances donnent encore plus d’ampleur à l’urgence des valeurs d’éthiques dans tout ce qui touche à l’IA. Un état des lieux qui semble être négligé en Algérie, comme si le pays n’était pas concerné. Qu’en pensez-vous ?
Nous avons un peu cette impression de vivre dans une bulle, alors qu’aujourd’hui, il n’est pas possible de continuer de cette manière. Devant les grandes entités économico-informatiques qui sont en train de faire mainmise sur l’ensemble du monde, et quelque part nous subissons toutes les décisions et tous choix premiers, pris par le Conseil d’administration de telle ou telle entité.

Les GAFA sont-ils un danger pour nous ?
Je préfère ne pas parler de danger et aller au-delà de cette atmosphère de paranoïa. C’est quelque chose de tout à fait normal, dans la guerre économique d’aujourd’hui que de vouloir prendre le dessus.

Donc, c’est à nous de nous armer ?
Je n’utiliserai pas un vocabulaire guerrier, mais je dirai de faire des propositions, de nous positionner. Nous sommes dans une grande partie de jeux d’échecs…

Et nous sommes encore dans une position de spectateur et non de joueur…
Malheureusement oui, mais rien ne nous empêche de vouloir jouer dans la cour des grands. Dans les jeux d’échecs, parfois les spectateurs ont des idées beaucoup plus intéressantes que celles des joueurs eux-mêmes. Donc, voilà la « faille ». Nous sommes sur le terrain de l’intelligence et, en attirant les adversaires, bien sûr en toute amabilité, nous nous retrouvons, quelque part, et en utilisant votre terme, à armes égales. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle, même si nous sommes en train d’être dépassés en termes de machines, nous avons néanmoins notre propre intelligence, si, bien sûr, nous avions l’occasion de la sublimer ensemble, en tant que société, Etat, intervenants… 

Lors des trois premières révolutions industrielles, l’Algérie était sous domination turque et sous le colonialisme français. La quatrième, celle du numérique, le pays est indépendant et aborde cette époque avec un Etat. N’est-ce pas une opportunité à saisir ?
Absolument. Nous devons aller vers deux urgences. D’abord, combler, si je puis dire, un tant soit peu ce grand fossé numérique qui est établi entre les pays du Nord et ceux du Sud. C’est une urgence. Mais nous n’allons pas attendre jusqu’à ce que cette faille soit comblée. En parallèle, agissons avec ce que nous disposons, avec l’Unesco dont on est membre à part entière. Voilà un terrain où nous pouvons nous exprimer, proposer et jouer avec l’ensemble du monde en abattant nos propres cartes.

Il n’est pas trop tard ?
Il n’est jamais trop tard. Vous savez, il y a un penseur italien du 19e siècle, Antonio Gramsci pour ne pas le nommer, qui disait « il faut opposer au pessimisme de la raison l’optimisme de la volonté». Tout est une question de volonté.

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1 septembre 2020 2 01 /09 /septembre /2020 21:36

Ahmed BENZELIKHA développe les enjeux de l'intelligence artificielle #IA  dans une conférence internationale

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », écrivait François Rabelais il y a près de cinq siècles. Un « avertissement » d’une actualité criante avec la prolifération des machines et la quatrième révolution industrielle qu’est celle du numérique. Cette dernière possède plusieurs « visages » et le plus perceptible reste l’IA, l’intelligence artificielle, qui est loin d’être restreinte à son aspect technique. Son expansion suscite de nouvelles peurs de par le monde et, évidemment, l’Algérie ne peut  en être épargnée.

Une «science sans conscience», c’est ainsi une IA sans éthique. Une situation partout appréhendée et qui a enclenché plusieurs actions et réactions. En Algérie, l’étape est encore au stade des balbutiements, mais la «résistance» s’organise. Des lanceurs d’alertes, certes rares, montent au créneau dans l’espoir d’éclairer et de mettre en avant l’importance de l’éthique dans le monde de l’Intelligence artificielle.
Plan anti «Big Brother»
L’un d’eux est Ahmed Benzelikha, président du comité communication et information à l’Unesco-Algérie. Dans une conférence animée samedi dernier au siège de la Commission nationale de l’organisation onusienne à laquelle il appartient, cet expert en Digital a abordé le sujet des valeurs éthiques et de l’intelligence artificielle. L’occasion pour lui de s’étaler sur la face cachée… La manipulation ne date pas d’aujourd’hui. Ahmed Benzelikha le rappelle en prenant comme exemple une arnaque qui remonte à la fin du 18e siècle. Il avait fait référence au fameux turc mécanique, où un automate était présenté comme joueur imbattable, ou presque, en jeux d’échecs, alors que la vérité, dévoilée près d’un siècle après, était bien autre. L’arnaque consistait en la «présence» d’un compartiment secret dans lequel un joueur humain se glissait, sans être «visible», et pouvait ainsi manipuler le mannequin. Le turc mécanique est finalement toujours d’actualité avec tout ce qui se passe en ce 21e siècle. «Aujourd’hui, on est un peu dans la même situation», affirme ainsi Ahmed Benzelikha. Il prendra comme exemple le réseau social, Facebook, «une entreprise derrière laquelle il y a des personnes qui perçoivent des algorithmes». Une entité parmi le quatuor des géants numériques américains du GAFA (les trois autres étant Google, Amazon et Apple) dont le pouvoir, à l’échelle planétaire, devient de plus en plus puissant. D’ailleurs, dans ce monde digital, la concurrence est très rude. Face aux multinationales occidentales, l’Est n’est pas resté les bras croisés. La Chine conquérante s’est dotée de ses propres armes avec ces géants numériques, représentés par le BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi). Des conglomérats qui «contrôlent et savent ce que nous faisons», mentionne le conférencier. Il n’omettra pas de convoquer des «références» pour décrire les nouvelles données apportées par la révolution numérique en cours. A la formule bien connue de Descartes «Je pense donc je suis», le responsable de l’Unesco-Algérie l’«actualise» par une autre expression «je suis fiché par un ordinateur, donc je suis». Que faire face à ces puissances ? Que faire devant le danger de se retrouver devant des machines programmées à s’autoprogrammer ? Ahmed Benzelikha préconise une défense par l’éthique, en insistant sur «les valeurs humanistes». Selon lui, c’est le meilleur moyen de «dépasser les clivages et la seule manière de pouvoir vivre ensemble». Pour cela, il faut prendre l’intelligence artificielle comme «une opportunité» à prendre en main et ainsi éviter de se retrouver plongé dans le monde non-féérique de «Big Brother», si cher à Georges Orwell, ou encore aux dimensions hyperboliques de Isaac Asimov. Promouvoir l’éthique à tous les niveaux, et essentiellement au sein de la société, est, pour le représentant de l’Unesco-Algérie, «primordial et vital». 
Lors de sa conférence il en a abordé plusieurs aspects. L’un d’eux lui tenait à cœur, et qui n’avait rien de «technique». Il s’agit du côté spirituel, omis et négligé, mais dont l’impact, selon Ahmed Benzelikha, ne pourra qu’être concret. Sa «plaidoirie», sur ce sujet, il l’a intitulé comme une «valeur suprême» présentée comme «un modèle pour les humains» qui pourra faire annihiler les méfaits multicéphales de l’Intelligence artificielle. L’angle n’est d’ailleurs pas étranger à Ahmed Benzelikha, qui est également un écrivain, puisqu’il l’a également abordé dans son dernier roman «Elias», où spiritualité et «monde moderne» sont confrontés à travers les turpitudes du personnage principal.

Timides initiatives
Les effets et l’impact de l’IA ont été également au centre d’autres initiatives, privées ou «officielles», lancées en Algérie. Peu nombreuses il faut le préciser, mais à encourager tout de même. Entre autres, il y a l’événement «MeetUp» dédié à l’Intelligence artificielle et organisé en février dernier au Théâtre national algérien (TNA). Etaient présents surtout l’Algéro-français Idriss Aberkane, le spécialiste des neurosciences appliquées et dont l’intitulé de la conférence était «L’intelligence artificielle est-elle supérieure à l’intelligence humaine ?».
Côté officiel, il est à noter l’annonce, il y a quelques jours, par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique des préparatifs, par son département, pour la mise en place d’une «stratégie nationale d’intelligence artificielle afin de relever les défis imposés par le développement durable, à la lumière des transformations numériques en cours». Juste un effet d’annonce ? La question ne peut que s’imposer devant les multiples promesses et «projets» lancés par les institutions étatiques et qui sont restés sans effet.

Salim Koudil.

 

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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 19:14

D’Ulysse à Elias l’Odyssée revisitée

Détails

Ne dit-on pas que la vie est un voyage ? Chaque être humain       entreprend son propre périple,         qu’il soit intérieur  ou à travers            le monde qui l’entoure.

Le voyage est également l’un des inspirateurs de grandes œuvres littéraires. Fictions ou  récits véridiques, la littérature du voyage offre aux lecteurs l’occasion de découvrir d’autres contrées et d’autres peuples et parfois se découvrir lui-même. Tel était le thème de la rencontre hebdomadaire des éditions Enag, «Agora du livre», qui a reçu, mardi dernier, l’écrivain Ahmed Benzelikha pour la présentation de son dernier roman, «Elias», édité chez Casbah Editions. L’auteur affirme que son personnage, Elias, est un voyageur comme nous tous qui voyageons dans notre existence, de notre naissance à notre mort. Elias, ajoute-t-il, est inspiré du héros de l’Odyssée, Ulysse. Mon roman, ajoute l’auteur, est basé sur l’idée même du voyage, qui est propre à toutes les cultures. Se référant à l’islam, Benzelikha déclare que l’idée du voyage nous la retrouvons dans l’«Isra wa Al Miraj» du Prophète Mohamed, tel que nous la retrouvons dans la sourate «Al Kahf». Dans ce verset, Benzelikha relève qu’il s’agit également de voyage. Ahl Al Kahf, dit-il, qu’on retrouve dans la littérature occidentale du nom des Sept dormeurs, effectuent un voyage temporel en s’isolant de leur société. Un voyage symbolique et mental. Pour l’Occident, déclare Benzelikha, le voyage d’Ulysse dans l’Odyssée d’Homère reste fondateur. Il représente le voyage initiatique et de résistance de la part de l’être humain. Elias est donc l’Odyssée revisitée pour, d’abord, réconcilier l’Orient et l’Occident, car, dit-il, dans ce livre on retrouve des références à l’Odyssée comme on retrouve des références au Coran. Elias n’est pas un récit fantastique au sens propre du terme, c’est un récit romanesque qui revisite plusieurs stations du patrimoine culturel universel. D’autres similitudes avec l’Odyssée sont révélées par l’auteur, notamment la présence d’un cyclope, mais un cyclope d’esprit. Un personnage qui ne conçoit pas d’autre raisonnement que le sien. «Nous avons tous cet œil unique mais les plus intolérants de nous n’ont que cet œil unique», déclare Benzelikha. On retrouvera également des sirènes, on retrouvera une calypso. «Elias» est également une quête de vérité à travers la recherche d’un masque d’or qui donne la connaissance suprême à qui le portera. Benzelikha déclare qu’«Elias» se lit tel un roman, mais il renvoie à beaucoup de références dans le Coran, la mythologie grecque et la littérature universelle. Ahmed Benzelikha est également l’auteur de plusieurs autres romans tel que «La fontaine de Sidi-Hassen» (édition Casbah). Un récit imaginaire situé à Alger, en 1830, quelques mois avant l’invasion française, dans lequel débarque un peintre espagnol, «Delbrezcque». Ce roman est également un récit d’aventure à travers lequel l’auteur traduit son amour pour la peinture et l’art. Un roman qui s’inscrit dans l’universalité puisqu’il met en scène trois personnages : un chrétien, un musulman et un juif. Benzelikha est aussi auteur du roman «La roqia de Cervantès», d’essais : «Presse algérienne : éditoriaux et démocratie», «L’air du temps», et d’un recueil de poésie : «L’esquif des mots». Natif de Constantine, il est  linguiste, financier et spécialiste en communication, diplômé des universités de Constantine et Montpellier. Il a occupé plusieurs hautes fonctions, tel que président du comité «Mémoires du monde» de l’Unesco. Il est également chroniqueur dans divers journaux tels qu’El-Watan, le Quotidien d’Oran et la revue Afrique-Asie.

L'écrivain Ahmed Benzelikha avec le journaliste Abdelhakim Meziani

Hakim Metref

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15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 09:18

Il y a eu ce mardi, à l’Agora du livre, l’image bleuie d’un livre où s’exhale l’harmonieux air d’“un bel été qui ne craint pas l'automne, en Méditerranée” de feu Georges Moustaki (1934-2013). Et à y voir de près, l’image de l’œuvre Elias du journaliste Ahmed Benzelikha (éditions Casbah), celle-ci reflète tantôt la basilique de Notre-Dame d’Afrique à Bologhine (Alger), tantôt l’image d’Ésope et de la fable à l’époque hellénistique.

De ce fait, l’auditoire de la librairie Media Book de l’Enag a retrouvé son âme “d’enfant aux yeux noirs” et s’est mis à rêver de son bassin ou plutôt de ce berceau où “il jouait lorsqu’il était enfant”. Et à ce propos, l’invité du jour exhibe de sa mémoire d’enfant, le rivage de Tamanart de la presqu’île d'El-Djarda à Collo où il jouait lui aussi dans ce site si riche “des siècles d’histoires, des prophètes, des dieux mais aussi des civilisations”.

Si tant qu’à l’autre bout de l’image, il y a aussi l’horizon du grand large où se côtoient l’évasion mais aussi l’aventure. Alors, et pour y mettre le pied à l’étrier de l’aventure, il suffit pour Elias d’embarquer à bord d’un cargo piloté par un timonier que l’on imagine sorti d’un épisode de Corto Maltese, cet aventurier des mers né lui aussi de l’imaginaire d’Ugo Eugenio Prat dit Hugo Pratt (1927-1995).

Seulement, Elias est aussi l’Ulysse de la contemporanéité et qui a le sens du détail référentiel qu’il a préalablement inscrit sur sa carte maritime, dont le premier référent se rattache à l’escale d’“Ahl El-Kahf” ou (les sept dormants d’Éphèse ou Les gens de la caverne) selon la sourate 18 “La Caverne” et récitée des versets 9 à 26, a déclaré l’orateur.

Du reste Elias incarne également “l’Isra et Mêradj” ou l’ascension en voyage nocturne du Prophète Mohammed (QSSSL) à dos de boraq et en compagnie de l’ange Jibril (Gabriel), a-t-on su de l’auteur de La fontaine de Sidi Hassan (éditions Casbah). Et au chapitre sur le dialogue des civilisations, Ahmed Benzelikha mande Elias en sa qualité de plénipotentiaire sur l’échiquier de la réconciliation entre l’Orient et l’Occident avec l'analyse de Omar et l'Occident (2009).

Donc, autant se référer à la minute de poésie et dire : “Heureux qui comme Elias a fait un beau voyage” au cœur de la photo de couverture du roman qui évoque la toile Dans l'azur bleu (1918) de l’artiste peintre russe Arkadi Rylov (1870-1939). “Heureux qui comme Elias” a cédé à L’appel du large compilé dans le recueil de poèmes Les Regrets de Joachim Du Bellay (1522-1560). “Elias évoque le voyage à dos des flots avec sur sa carte maritime un flot d’énigmes qu’il incombe au lecteur de dénouer”, a ajouté le linguiste et auteur du manifeste Pour une nouvelle intellectualité (1989).

Et depuis, Elias a levé la voile sous le soleil d’été qui poudroie la grande bleue et qui câline le hâle d’Elias. “Un été qu’il a fait sien, puisqu’il a l’attrait de la pulpeuse fraise panachée à l’eau de mer qui perle à ses lèvres. Il vogue ainsi en mordillant à belles dents dans l’inconnu et chevauche le temps qui s’ouvre dans l’opulente étendue au bleu azur”, poétise l’auteur à la page 9.

Autre énigme, l’œil du cyclope qui ose le regard unique qui est source de l’intolérance et du rejet de l’autre, a conclu l’auteur du roman La Roqya de Cervantès (éditions Alpha 2016). Mais on n’en dira pas plus pour ce qui est d’Elias, qu’il est loisible de lire pour aller à la rencontre du masque de la vérité et de renouer avec l’action et l’aventure de notre tendre jeunesse. À noter que l’après-midi littéraire a été modéré par notre confrère Abdelhakim Meziani. 
 

L. N.

in LIBERTE du 12 mars 2020
 

Elias d’Ahmed Benzelikha (éditions Casbah,
2019), 87 pages, prix 500 DA


 

 

 
 

 

 

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16 février 2020 7 16 /02 /février /2020 17:08

ELIAS D’AHMED BENZELIKHA

La quête de la connaissance et de la vérité

 
 

Voici un roman qui donne l’occasion au  lecteur de décoller du réel et de s’offrir des moments d’évasion tout en s’instruisant. Ainsi pourra-t-il déployer les ailes de son imagination et voyager loin pour retrouver la liberté d’être soi-même et de penser par soi-même.

La quatrième de couverture du livre est déjà une belle invitation au voyage : «Et la mer l’emporta pour une Odyssée recommencée... C’est ainsi qu’Elias, le voyageur méditerranéen, sur les traces d’Ulysse et des textes sacrés, d’aventure en aventure, d’île en île et de femme en femme, à la recherche d’un mystérieux masque et du sens de la vie, va enfin se retrouver face à lui-même et à l’ultime révélation.» S’inspirant des aventures d’Ulysse, qui forment le sujet de l’Odyssée d’Homère, Ahmed Benzelikha propose ici un excellent exercice littéraire et imaginatif. L’auteur a trouvé un moyen intelligent d’extraire un sujet (un voyage) de sa gangue d’associations habituelles pour le montrer sous un autre angle, pour le présenter sous un autre code et pour délivrer des messages à la hauteur des enjeux et de l’actualité de notre temps. Pour cela, il lui fallait déjà renverser la façon de penser habituelle, créer dans le désordre, bousculer les formes tout en produisant un texte agréable à lire mais si plein d’enseignements. Premier clin d’œil complice au lecteur : le titre «Elias» qui trône sur une belle photo de couverture. Cela crée une connivence avec les lecteurs ayant lu ou ayant entendu parler des multiples aventures d’Ulysse, le héros du poème épique grec en vingt-quatre chants.
Le titre est donc construit par détournement phonétique à partir de quelque chose de très connu, sans compter que ce «drôle de nom quand même, ni occidental, ni oriental», peut très bien être algérien. S’il intrigue par son sens métaphorique implicite, on sent bien que Elias ouvre d’intéressantes perspectives : l’odyssée sera à l’évidence contemporaine, avec un héros des temps modernes et une mythologie/pédagogie qui, au moins, permet d’expliquer l’inconnu par le connu.
Naturellement, Ahmed Benzelikha joue avec les formes et les ressources du langage, une manière de rappeler que la littérature prend appui sur le réel. D’emblée, il a opté pour un récit court, de la dimension de la nouvelle longue qu’on appelle du terme italien «novella». Evidemment, l’exercice est difficile, car cela demande en réalité plus de temps qu’écrire long et avec des fioritures. Sans compter toute l’attention, la rigueur et la concision que cela exige. L’auteur s’est également attaché à varier le langage. Le style, ici, est orné de métaphores, de symboles, d’images, de représentations.
La poésie qui illumine le roman laisse parfois penser à un poème symphonique, c’est-à-dire une œuvre musicale à programme, sans forme fixe. Et puis, il s’agit bien d’un texte qui fonctionne sur deux registres : à la fois le réalisme et l’imaginaire. Dans le fantastique, surtout, l’auteur insuffle une vie métaphorique aux objets mêmes. D’un bout à l’autre du récit, Ahmed Benzelikha apporte un regard neuf sur les êtres et les choses les plus ordinaires, réussissant à leur communiquer par le mouvement, par le rêve et par une poésie imagée une seconde vie. C’est aussi pourquoi le roman se lit d’une traite.
Le prélude aux aventures d’Elias met tout de suite le lecteur dans le ton de l’histoire qui va suivre. Le décor, l’ambiance et les motivations du personnage principal procurent les premières émotions qui préfigurent une odyssée mouvementée et au sens très profond. Tout le contraire d’une «harga» ou d’un voyage ordinaire.
De fait, tout démarre sous l’atmosphère d’un après-midi et d’un obélisque spleenétiques : «Le sommet de l’obélisque déchirait le ciel qui se couvrait. Maussade était l’après-midi, barbouillé de gris comme les mines fausses qu’affichent les âmes mauvaises des gens méchants. Dépassé, submergé, Elias était fatigué, il n’en pouvait plus.» L’obélisque est mis au premier plan pour servir de symbole et il n’est, du reste, qu’une interprétation moderne de ce thème de l’ancienne Egypte. En contrepoint, l’élévation du cœur et de l’esprit vers des horizons nouveaux, insoupçonnés : «Ce matin, Elias avait décidé de partir. Oui, partir, conjuguer ce verbe de tout son élan, tout abandonner et s’en aller, comme on se lève d’une chaise ou, miraculeusement, d’un fauteuil roulant. Sa décision était irrévocable et sans détour. Sans hésitation et sans retour, il devait le faire. Partir.» 
Elias est un homme dans la force de l’âge, «il devait partir, avant qu’il ne soit trop tard, avant que ce sentiment ne se double de la réalité, indiscutable, elle, de la maladie ou de la vieillesse. (...) Il voulait quitter la terre, qualifiée à tort de ferme et rejoindre la mer, la Méditerranée, sa mère, revenir à l’eau, à la matrice, aux vagues et à l’écume, à l’immensité, aux horizons bleutés et infinis, mais surtout à la liberté, aux possibles et à l’absence du possible en l’absence de l’impossible.» Courte histoire de la vie d’Elias et des évènements quotidiens, les êtres chers qui pourraient le retenir... L’auteur recourt aux allégories et aux paraboles, c’est-à-dire aux métaphores, pour illustrer un enseignement, des émotions et des motivations d’une manière imagée. «On n’est pas un homme tant qu’on n’a pas trouvé quelque chose pour quoi on accepterait de mourir», disait Sartre. Pour Elias, «il lui fallait une quête, un dessein, une Odyssée, pour pouvoir larguer les amarres, prendre le large, narguer les petitesses qui font la multitude, aller au plus loin, au plus haut, au plus beau, faire ses adieux en héros authentique, non en rat fuyant le navire». Petit à petit, l’auteur affûte la nature de cette émotion qui pousse Elias à agir comme il le fait.
Un sentiment unique et bien défini, nécessaire à la survie du héros. Ce dont Elias a le plus besoin à ce moment particulier de sa vie, c’est cette quête de la vérité. Cet élan émotionnel principal, nécessaire à sa survie, est l’expression de son désir de vivre. Une question de vie ou de mort. La quête de soi-même et de l’humain, de la simple dignité humaine même. Pour cela, Elias pourra compter sur la mémoire, cette présence du passé qui tire sa force des sentiments qu’elle mobilise.
La mémoire a en effet le pouvoir d’installer le souvenir dans l’affectif, voire le mythe et le sacré. Elle recèle, en plus, d’étonnantes richesses, dont la force de l’expérience et la restitution des représentations dominantes.
Dans cette odyssée des temps présents, la volonté humaine reste le catalyseur de l’action des personnages. Elias a décidé de partir pour croire à demain : «(...) pour croire mieux revenir et abattre tous les prétendants qui lui avaient volé son existence, sa Pénélope, pendant que celle-ci tissait ses illusions et défaisait ses rêves. Ainsi, pensait-il, il reviendrait en partant pour, enfin, se réaliser.» 
Elias et les prétendants (de Pénélope), une allégorie de l’Algérie d’aujourd’hui ? Dernier tour en ville, avant le départ. Il allait quitter la ville fantôme. Sans regret : «Cette ville, Stasis, avait été la sienne, elle n’était plus qu’une étrangère, livrée aux quatre vents, pleine de bruit, de poussière, de dégoût de soi, de tourments et de fantomatiques souvenirs virevoltants au gré des saisons.» Derrière le masque de la fiction, voire de la fable, le lecteur aura deviné des vérités très amères... Elias avait embarqué dans un vieux navire marchand portant un nom prophétique : «Le Moïse». Le commandant et son équipage étaient aussi pittoresques que le rafiot en partance pour la Grèce. C’est alors que, lors de la traversée, un nouveau personnage entre en scène : Mark IV, l’«un des plus dangereux, mais aussi des plus secrets pirates modernes et la hantise des services de sécurité et de renseignement à l’échelle internationale».
Ce pirate des temps modernes, «véritable génie de l’informatique et d’internet», capture Le Moïse. Puis il propose à Elias : «Nous allons jouer un jeu, je te laisse la vie sauve, mais je te jette seul dans une barque. Si les dieux veulent bien te sauver, ils le feront et feront peut-être de toi le héros que tu veux être et que j’avais crû que tu étais. Sinon la mer sera ta sépulture (...)»
Désormais seul dans l’immensité de la mer, Elias sombre dans le délire onirique. Il se rappelle sa quête du «Masque de Dieu», entamée une année auparavant. Le Masque sacré dont il avait retrouvé quelques traces du passage et appris l’histoire. Surtout, «l’étrange pouvoir du masque avait retenu son attention, non sans surprise, car il venait comme en écho à ses préoccupations existentielles». Il se voit ensuite au centre d’un tableau surréaliste, dans l’île de Gada, l’île de l’amour. Après l’attaque marine de Mark IV (le dieu Poséidon de «l’Odyssée» ?), et tout comme Ulysse emprisonné par la nymphe Calypso, Elias est pris dans la nasse de Gada... La délivrance arrive pourtant : il est recueilli par un chalutier grec.
D’autres aventures et d’autres périls attendent Elias. D’autres rencontres aussi, telle celle du vieil ermite. Arrivé au bout de son voyage, il décide de rentrer, cette fois convaincu que «‘‘Le Masque’’ n’était qu’un symbole, ‘‘le Masque’’ n’existait même pas, il n’y avait que le miroir de lui-même qui lui masquait la vérité. Pour être soi-même, il fallait s’oublier». Mark IV et son ami Morfal, eux, sont toujours à la recherche du «Masque sacré».
Le docteur Elliot Morfal «admirait beaucoup l’œuvre de Guénon ainsi que celle de Simone Adolphine Weil. C’est d’ailleurs cette philosophe particulière qui le poussa à s’intéresser à la Grèce et, au-delà, au monde méditerranéen comme berceau des croyances bibliques». Au bout de son périple purement initiatique, Elias sait désormais que «le Masque de Dieu n’existait pas matériellement et n’était qu’une allégorie de la connaissance, de l’universalité et de l’ouverture puisque chacun pouvait le porter, quel qu’il soit ou qu’elle soit et quelles que soient ses convictions».
La Méditerranée, ce «grand poème», n’est-elle pas l’espace idéal pour chanter une telle œuvre humaniste ? La fin du récit est surprenante, mais le lecteur a l’impression que le corps d’Elias est maintenant à sa place après la partie d’échecs qui se termine. Cette parabole offre une leçon inattendue qui donne longuement à penser, elle met aussi la dernière touche à l’harmonie d’une belle composition romanesque.
Hocine Tamou

Ahmed Benzelikha, Elias, Casbah Editions, Alger 2019,  90 pages, 500 DA.

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29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 20:26
 


يسافر قارئ رواية «الياس «، لمؤلفها الإعلامي و الروائي أحمد بن زليخة، الصادرة مؤخرا عن دار القصبة للنشر و التوزيع، إلى فضاءات وعوالم رفقة بطلها المنهك جسديا و فكريا، بسبب حمل ثقيل جعله يرى أبسط الأمور معقدة..  
صاحب الرواية الحاملة لرقم ستة فضل افتتاحها بعرض حالة بطلها الياس ربما ليتعاطف معه القارئ أو ليتفهم على الأقل سبب اتخاذه، ذات صباح، قرار الرحيل.. قرار لا رجعة فيه.. قرار اتخذه دون تردد
و قبل فوات الأوان.. الياس يسابق الزمن و لا يريد أن تدركه الشيخوخة و يتمكن المرض من جسده قبل أن يرحل و يرى عوالم الضفة الشمالية للبحر الأبيض المتوسط، لذلك اختار الصيف  فصل النضج حين تعكس أشعة الشمس زرقة البحر و كان له ذلك. الياس لا يجيد طقوس «الوداع « حيث فضل توديع أهله برسائل قصيرة عبر الهاتف قبل أن يسافر على متن سفينة شحن للبضائع شقت أمواج البحر و كشفت له حقائق وأشياء كثيرة بدءا بطاقمها.     كتاب أحمد بن زليخة المتحصل على شهادات من جامعات قسنطينة و مونبولييه الفرنسية، إبن مدينة الجسور المعلقة المهتم بعالم اللغة و الإقتصاد جاء على شاكلة إلياذة معاصرة يأمل من خلالها مد جسر كبير يربط بين ضفتي البحر الأبيض المتوسط و لما لا الشرق بالغرب و هو ما تصبوا له أغلب شعوبها.          ع.ب

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