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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 21:06

JIJEL

Ain Mchaki,

la fontaine miraculeuse

 

 

Abou Obeid El Bekri, géographe et grand voyageur andalou du onzième siècle, écrit dans la partie consacrée à l’Afrique du Nord de son ouvrage intitulé « El Massalek Oua El Mamelek » : « Le port de Sebiba (El Mansouriya), qui vient après celui de Bejaia, est dominé par les montagnes des Ketama ; Ain El Aoucat, située au milieu de ces montagnes, est bien connue, quand chaque heure de la prière arrive, les eaux commencent à couler, et quand la prière est terminée elles s’arrêtent tout à fait »1.


Aujourd'hui les montagnes des Ketama surplombent désormais la dynamique wilaya de Jijel, où le port de Djendjen, l'aéroport Ferhat Abbas et les nouvelles infrastructures routières et ferroviaires sont garants d’un essor économique promotteur, mais où, aussi, la nature conserve tout son attrait touristique, Mer et montagne offrent aux visiteurs une palette de sites féeriques.


                Mais ces visiteurs oublieront souvent que la région possède un passé et ne s’intéresseront que peu aux us et coutumes et ses habitants, dont il ne retiendront que la pruderie à l’occasion des remarques qu’on leur fera sur le « négligé » d’une tenue vestimentaire.


                Ce passé n’est pas seulement cette suite d’événements consignée dans les livres d’histoire, mais aussi une vie quotidienne rythmée par les croyances religieuses et les pratiques populaires qui en revêtent l’apparence. Parmi ces pratiques, celles s’appuyant sur la nature « miraculeuse » d’une fontaine appelée Ain Mchaki, subsistent jusqu’à aujourd’hui.


                 Ain Mchaki porte son nom suite aux innombrables visites qu’elle a reçues de la part de gens se plaignant des multiples maux que la vie souvent réserve. Ces gens sollicitaient en cette endroit « béni » la miséricorde du Seigneur.


                  De même que cette fontaine aurait aussi servi à départager les plaignants, à exprimer le jugement du Ciel en "prouvant" ou l'innocence ou la culpabilité d’un accusé, enfin à montrer l’assentiment divin quant à une quelconque œuvre.


                  En fait la réputation de la fontaine est rattachée à l’intermittence particulière de l’écoulement de ses eaux.


                  Selon la tradition orale, la fontaine aurait d’abord commencé à faire coïncider l’écoulement de ses eaux avec les heures de prière. La majorité des pratiques, citées plus haut, doivent dater de cette période. Mais qu’en est-il aujourd’hui ?


                  Aux heures de prière, affirment des natifs de la région, les eaux couleraient toujours (avec un écart plus ou moins important mais ne sauront excéder les 30 minutes), il reste que l’écoulement lui-même devient assez rare.


                 Toujours selon ces natifs, au moment du jaillissement des eaux, un impressionnant grondement, comparable à celui qui accompagne un tremblement de terre, sa fait entendre au point qu’on croirait que la montagne qui se dresse au au dessus de la fontaine va s’écouler, l’eau déferle alors en « coup de bélier » d’une énorme cavité rocheuse pour bientôt donner naissance à une cascade.


                 L’endroit, où arbres, fleurs et verdure (durant la belle saison) participent de l’enchantement, devient alors paradisiaque et une immense paix intérieure envahirait les personnes présentes.


                   La source ne reçoit plus actuellement que peu de visiteurs, car hormis les habitants de la région - et quelques rats de bibliothèque - rares sont ceux qui connaissent encore son existence.


                       La légende d'Ain El Aouacat devenue Ain Mchaki, déroulant sa trame sur dix siècles, est si belle et si attachante, qu’une explication  d'ordre "hydraulique"rattachant le phénomène à la fonte des neiges faisant déborder, à certains moments, les nappes alimentant la fontaine ne saurait, peut-être, que nous "décevoir".

 

A.B


1: Abou Obeid El Bekri. Description de l’Afrique septentrionale. Édition bilingue. Traduction de Mac Guckin de Slane. Ed. Adrien – Maisonneuve. Paris. 1965. P.163.

 

 

 

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commentaires

sofiane ain aghadou 29/06/2013 22:47

merci pour la publication, je suis un habitant de cette région pas loin de la fontaine, et je viens d'apprendre des nouvelles infos , merci bcp ,