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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 19:32

Mekki BENAMOUN, Mohamed Rachid DJABRI, Abdeslam BELHADJ-MOSTEFA.

Ils étaient grands. Ils étaient forts. Ils étaient nos nageurs.


CNE


Leur meilleure période sportive se situe dans les dernières années 40 et dans les premières années 50. Dans les grands rendez-vous des compétitions périodiques, ils ne pouvaient pas, à eux trois ramener au moins un titre de champion d’Algérie, de champion d’Afrique du Nord, ou une place honorable aux championnats de France. Evidemment, ils ne pouvaient pas non plus ne pas appartenir, à l’un des grands clubs constantinois, le CSC ou le MOC.

En face, il y avait le club de l’occupant l’UNIC, dont le chef de file Bob HOOF, en pleine déliquescence voyait son étoile s’éteindre, forçant l’Union à placer ses espoirs dans son autre étoile, montante celle-là, MONSERRET, lequel deviendra plus tard, beaucoup plus tard, bien des années après que nos champions eussent abandonné toute compétition, recordman de France du 800 m et du 1500 m nage libre et ensuite recordman d’Europe sur ces memes distances. Durant la période faste de nos héros, le champion en herbe n’en décousait qu’avec les seconds couteaux des clubs algériens.

Il fallait les voir, nos trois athlètes, aux abords ou dans l’eau d’un des trois bassins de la piscine de Sidi M’cid. Le coup d’œil valait le déplacement (que les gamins de l’époque faisaient tout simplement en « dégringolant » du Monument aux morts à Sidi-M’cid, en passant par la Corniche).

 

Leur imposante stature était impressionnante. Il allait de soi qu’on était loin du nageur de compétition longiligne, certes musclé, mais à l’allure quelque peu maigrichonne qu’on rencontre aujourd’hui. Nos champions à l’instar des grands champions de leur époque étaient plutôt enveloppés. Ils auraient fait bonne figure de lourds sur un ring, ne serait-ce que par leur gabarit.


A ce propos DJABRI, pratiquait également la boxe. Il avait même été champion d’Algérie « toutes catégories », l’équivalent des « lourds » actuels. Mais surtout qu’on aille pas croire, qu’il était brutal ou même qu’il avait un physique pouvant le laisser penser. Tant s’en faut ! C’était la courtoisie et l’élégance, dans tous les domaines. En ville, beaucoup de ceux qui le croisaient, pensaient qu’il n’aurait pas déparé les studios hollywoodiens, alors en vogue, avec son allure avantageuse et conquérante, et sa moustache à la Clarck GABLE.

Quant à Mekki BENAMOUN, dés lors qu’à l’entrainement, il se préparait à plonger et qu’il grimpait sur un plot ou qu’il accrochait simplement ses orteils à un bordure du bassin, les curieux trop proches s’en écartaient prudemment, pour ne pas risquer d’être éclaboussés, tant sa stature soulevait de « flots » quand il s’élançait dans l’eau (et quelle merveille que cette sensation quand notre corps, soudain, rejoint l’élément premier). Un instant sa longue silhouette, bras et jambes tendus à l’extreme, transparaissait à travers l’écume.


Il donnait alors l’impression d’un grand squale fendant les eaux. Quelques metres plus loin, il surgissait à la surface, silencieusement, sans provoquer de « houle », pour entamer ses mouvements de brasse coulée. Par intermittence, à cadence régulière, seules apparaissaient, toujours plus loin, sa nuque et ses épaules puissantes. On était presque déçus de le voir arriver à destination si rapidement, tant son style était harmonieux, sans cesser d’être efficace.

Mais le plus doué de tous, en natation, fut incontestablement, Abdeslam BELHADJ-MOSTEFA.


Quel gachis ! Si seulement il avait pu disposer d’autant de moyens matériels, d’autant de possibilités que celles offertes, et avec quelle facilité, aux nageurs français. Car beaucoup étaient ceux qui croyaient qu’il aurait pu battre, au moins, un record du monde, celui, prestigieux du 100 m nage libre. Il avait d’ailleurs maintes fois réussi, mais hélas durant seulement les séances d’entrainement à descendre au dessous du seuil psychologique de l’époque, à l’echelle internationale, que constituait la minute sur cette distance.

Pour illustrer les conditions de préparation, ô combien défavorables aux Algériens, relatons comment, en hiver, le bassin olympique était souvent fermé, au gré du gérant de l’époque, le sieur SPITERI.

 

Cette contrainte faisait que compétiteurs et baigneurs, se bousculaient dans les deux bassins annexes. Si les sociétaires du MOC et du CSC, n’avaient pas d’autres moyens de locomotion à emprunter que le défunt ascenseur de Sidi M’cid, ceux de l’UNIC étaient rendus à destination sans peine aucune, compte tenu du parc automobile substantiel dont ils disposaient.

 

Et quand l’ascenseur, cet extraordinaire engin qui était logé à même le flanc du vieux rocher, tombait en panne, c’était le calvaire pour les autochtones.

 

Ce jour là, MONSERRET, l’espoir de l’UNIC, arrivait dans une Renault Juvaquatre. La voiture s’arrêtait à quelques marches du bassin « Brimou », pour qu’il descende en peignoir, serviette et chaussons. Il n’avait plus qu’à faire trempette.


Ce jour là, aussi, BELHADJ-MOSTEFA était, lui, déjà là au bord de l’eau, en position de départ, après s’être levé tôt et couvert la distance séparant la ville de la piscine... à pied.



Ahmed BENZELIKHA.


 

Je dédie ce texte à un digne successeur de ces grands nageurs, Monsieur Mouloud OUMAMAR, Champion international, que j'ai eu l'honneur d'avoir comme entraineur de natation.

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