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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 19:19

Il fait chaud, en ce mois d'août à Constantine, Adam s’ennuie et n’aime pas faire la sieste, il trouve toujours un prétexte pour ne pas dormir. Aujourd’hui, il a décidé de piéger sa grand-mère et pour échapper à la sieste, il tente de l’amener à lui raconter ses souvenirs.

 

Souvenirs où une époque révolue reprend alors vie, grâce aux récits imagés, mais néanmoins véridiques, de la vieille dame.

 

- « Dis, Djida (grand-mère) , comment était votre quotidien autrefois ? Comment se déroulait votre journée ? ».


Nullement dupe du stratagème du petit chenapan, la grand-mère s’y prêtait volontiers, tant elle était convaincue du fait que les petits hommes ont toujours besoin de savoir d’où ils viennent, pour mieux savoir où ils vont.

 

Elle commençait alors à égrener, par petites touches révélatrices, ses souvenirs … :


Nous nous réveillions le matin pour vite préparer le petit déjeuner.
Celui-ci était composé de café, de lait et de beignets frits, le tout préparé sur un feu de braises. Avant cela et s’il s’agissait de notre tour de nettoyer la cour intérieure, on descendait vite à cette cour centrale commune, pour la laver à grande eau en s’aidant, parfois, de cendres, qu’on utilisait comme poudre à récurer.


Il n’y avait pas alors de produits de nettoyage comme maintenant, que ce soit pour la lessive ou la vaisselle, on utilisait seulement le savon dit «de Marseille», qui est, en fait, d’origine arabe ou, plus tard, un produit sanitaire, commercialisé sous le nom de Cristo, à ne pas confondre avec la fameuse marque de Javel « Le Turco » des premières années de l’Indépendance.


Après le petit déjeuner, les hommes partis travailler, nous préparions la pâte de la galette et nous la laissions reposer pour nous occuper du ménage de notre intérieur, car tout devait être irréprochable, en ces temps là on ne plaisantait pas avec la propreté, la santé était un bien précieux et les maladies ne pardonnaient pas.

 

Le temps passait vite et il fallait déjà préparer à déjeuner.


Les repas, en hiver, étaient le plus souvent à base de « H’sou », sorte de soupe de semoule ou, au dîner, de «Naâma », couscous arrosé de sauce aux légumes ou de lait. En été, piments doux, oignons et tomates étaient incontournables.


En dehors des repas de cérémonies, l’ordinaire était, pour la majorité des Constantinois, « très ordinaire », mais peu parmi eux oubliaient de remercier Dieu pour ses bienfaits et chaque plat, aussi modeste soit-il, était béni par le Nom sacré.

 

Il n’y avait pas, non plus, d’eau fraîche à satiété.

 

En été, seule de la glace ramenée de la Glacière, qui existait alors au quartier de Saint-Jean, dans les sacs en jute des moulins Kaouki, servait à rafraîchir le désaltérant liquide, en l’absence de réfrigérateurs.


Mais les gens se contentaient de la relative fraîcheur d’une « choqala », pot en terre cuite ou de celle d’une « guerba », outre en peau de chèvre.


Après le déjeuner et après la prière du « doh’r », un petit somme était le bienvenu, mais ne devait jamais se prolonger, de peur d’approcher la période de la prière du « asser », où dormir n’était pas indiqué dans notre religion.


Au « asser », en fin d’après-midi, on préparait une collation faite de café turc et de « s’fenj », beignets ou de « makroud el maqla », petits gâteaux de semoule et de pâte de datte, frits à la poêle, le tout sur un brasero.


Cette collation était souvent l’occasion pour les femmes de prendre de leurs nouvelles respectives et de papoter un peu; un peu seulement, car la préparation du dîner ne pouvait attendre et sans jamais médire, car la médisance est un péché capital en Islam.


Après le dîner, dont parfois « qadid », viande conservée dans le sel , et « khliy » viande, quant à elle, conservée dans l’huile, amélioraient la teneur calorique durant les alors rudes hivers constantinois, arrivait la soirée , celle-ci courte ou longue , selon la saison.

 

L’après-dîner est souvent utilisé à certaines tâches domestiques périodiques, ainsi les longues soirées d’été sont, en particulier, consacrées au roulement du couscous, préparant ainsi « el aoulà » ( littéralement: « sur quoi on peut compter » ), sorte de réserve de nourriture des ménages, en des temps où « disette » pouvait, du jour au lendemain, constituer le dramatique quotidien d’une population.


La veillée était aussi le moment privilégié des enfants, qui les yeux brillants, la mine tantôt épanouie, tantôt inquiète, s’accrochaient aux beaux contes que relataient, toutes réjouies de ce rôle particulier, leurs grands-mères.


Adam, sans s’en apercevoir s’était endormi pour sa sieste, car quelques paroles porteuses de vie sont toujours plus efficaces que les pires menaces de « ghoula » (ogresse), pour arriver à amadouer ses enfants.

 

Puisse Dieu préserver tous les enfants et leur accorder une vie meilleure que la nôtre. Amen ! 

 

                                                                                      Ahmed BENZELIKHA.

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