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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 23:00

" Un matin "

d'Emile Verhaeren



Dès le matin, par mes grand-routes coutumières

Qui traversent champs et vergers,

Je suis parti clair et léger,

Le corps enveloppé de vent et de lumière.



Je vais, je ne sais où. Je vais, je suis heureux ;

C’est fête et joie en ma poitrine ;

Que m’importent droits et doctrines,

Le caillou sonne et luit, sous mes talons poudreux ;



Je marche avec l’orgueil d’aimer l’air et la terre,

D’être immense et d’être fou

Et de mêler le monde et tout

À cet enivrement de vie élémentaire.



Ô les pas voyageurs et clairs des anciens dieux !

Je m’enfouis dans l’herbe sombre

Où les chênes versent leurs ombres

Et je baise les fleurs sur leurs bouches de feu.



Les bras fluides et doux des rivières m’accueillent ;

Je me repose et je repars,

Avec mon guide : le hasard,

Par des sentiers sous bois dont je mâche les feuilles.



Il me semble jusqu’à ce jour n’avoir vécu

Que pour mourir et non pour vivre :

Oh quels tombeaux creusent les livres

Et que de fronts armés y descendent vaincus !



Dites, est-il vrai qu’hier il existât des choses,

Et que des yeux quotidiens

Aient regardé, avant les miens,

Se pavoiser les fruits et s’exalter les roses.



Pour la première fois, je vois les vents vermeils

Briller dans la mer des branchages,

Mon âme humaine n’a point d’âge ;

Tout est jeune, tout est nouveau, sous le soleil.



J’aime mes yeux, mes bras, mes mains, ma chair, mon torse

Et mes cheveux amples et blonds,

Et je
voudrais, par mes poumons,

Boire l’espace entier pour en gonfler ma force.



Oh ces marches à travers bois, plaines, fossés,

Où l’être chante et pleure et crie

Et se dépense avec furie

Et s’enivre de soi ainsi qu’un insensé !



Emile Verhaeren

Les Forces tumultueuses (
1902)

Chemin près d'un village, par Alfred Sisley.

Chemin près d'un village, par Alfred Sisley.

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 20:53

Je bois un café en regardant Essayed Ali guerroyer sur une gravure accrochée au mur, au dessus d'un vieux T.S.F.

 

Photo-021.jpg

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 22:00

Que de fois n'a t-on prédit sa minoration, pourtant, malgré les succès des nouvelles technologies, il demeure en belle position. Le livre, unique et indétrônable, fort de ses qualités et de sa pérennité, n'a eu de cesse de s'inscrire comme le plus important vecteur de la connaissance et de la transmission du savoir. Sans doute que le poids du passé pèse encore dans ce constat, mais il n'en demeure pas moins que le livre semble, surtout, le mieux adapté aux besoins et aux capacités des gens. En ce sens et pour user d'un barbarisme, le livre s'avère "ergonomique".


nature-morte-livres-rose-van-gogh-benzelikha

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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 00:11

" Quand reverrai-je, hélas, ... "

« J’ai peut-être rêvé : les vaisseaux sont fantômes
Ai-je connu la ville où hier un attentat
Mettait dans les journaux un air de glas qui sonne
Au non-sens effréné qu’on appela Cirta
C’est à douter d’un souvenir et l’Algérie
Me dit dans un regard que mes yeux m’ont menti
Et rien d’autre mon cœur que cette rêverie
Au bastingage lourd d’un bateau qui partit

Suis-je né dans l’exil et dans mon habitude
A chercher au métro le couloir étranger
Suis-je le prisonnier de cette servitude
Qui nous fait dire blanc dés lors qu’il a neigé

Mon cœur est un touriste aux étapes d’ennui
Je ne visite rien qu’un souvenir qui râle
Hôtel tout n’est qu’hôtel pour allonger la nuit
Ah ! la fiche à remplir testament des escales
Constantine-pont-des-chutes-benzelikha-malek-haddad.jpg Je connais sous les ponts à l’écoute du fleuve
L’impassible dialogue et les mornes questions
Que se pose un maudit à qui manque la preuve
Qu’il est juste pour lui de dormir sous un pont

 

Verrai-je un nouvel an aux couleurs de cerise
La rue blonde au pavé d’un jour du mois de mai
Et vers le Djebel Ouach quand bavarde la brise
Tous ces rêves noyés d’un lac aux yeux fermés

J’ai peut-être rêvé : les vaisseaux sont fantômes
Ai-je connu la ville où hier un attentat
Mettait dans les journaux un air de glas qui sonne
Au non-sens effréné qu’on appela Cirta ».


Malek Haddad

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 17:16

Un poème


Bien placés bien choisis
quelques mots font une poésie
les mots il suffit qu’on les aime
pour écrire un poème
on ne sait pas toujours ce qu’on dit
lorsque naît la poésie
faut ensuite rechercher le thème
pour intituler le poème
mais d’autres fois on pleure on rit
en écrivant la poésie
ça a toujours kékchose d’extrême
un poème



Raymond Queneau

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 20:34

  Dans un fauteuil je m'assieds, je ferme les yeux et écoute.

 timothymartinbenzelikha1.jpg

 

Un vent léger se lève, les feuilles dans les arbres tressaillent, un cours d'eau murmure et quelques animaux, curieux, s'installent.

  timothymartinbenzelikha7.jpg

 

 

Une musique s'élève et la nature prend vie, en nos yeux, nos coeurs et nos esprits, par la grâce de l'art.

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 23:20

Le silence s’élève et porte au-delà du bruit
Le regard emprunte à la lumière et perce la nuit
Le temps peut bien s’enfuir, il n'est pas d’ici
Au soir des hommes qui ont vécu demain
Les yeux sereins se ferment pour mieux voir
Et devinent l’illumination au plus profond de soi
Tu es si proche...
Mais comment peux-tu être proche ou lointain ?
Tu es tout, partout et nulle part
L’espace et le temps, le cœur et la raison,
Les voies et les horizons, l'origine et le but

Le contenu et le contenant, le primat et l’ultime
Que dire, que penser ?

Tu épuises les mots et les idées

Tu es.

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 21:51

 

"La nature morte", l'expression consacrée par le langage, ne donne plus à voir l'idée qu'elle évoque celle, saugrenue, d'une vie dénuée de vie. Une dépouille de l'existant.

Assise dans la typologie des formes de représentations de l'art pictural, la dénomination trouve son origine dans un des soubassements de la peinture, soit la représentation de la nature, de ce qui nous entoure, et par cela même l'appropriation de cette dernière, à travers l'organisation des objets inanimés assemblés.

La nature morte ne donne-t-elle pas, ainsi, à se faire voir comme un trophée de "la chasse" artistique, le figement affirmé d'un spectacle ravi à la réalité, livré en une nouvelle intelligibilité, dans l'espace clos d'une toile, le temps d'un regard ?

    Jan_van_Huysum_003.jpg

 

Mais cette nature morte revit singulièrement à chaque regard et ressuscite sous une autre forme, en une autre vie, celle que lui prête le regard.

Elle devient le lieu émotif et intellectuel partagé par notre vie et celles des autres, celle de l'artiste et de tous ceux qui s'arrêteront devant elle.

Elle est, alors, l'Image, non pas d'une nature morte, mais celle d'un éternel humain.

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 21:51
Gingko biloba

« Dieses Baums Blatt, der von Osten

Meinem Garten anvertraut,
Giebt geheimen Sinn zu kosten,
Wie's den Wissenden erbaut,

Ist es Ein lebendig Wesen,
Das sich in sich selbst getrennt ?
Sind es zwei, die sich erlesen,
Daß man sie als Eines kennt ?


Goethe_Ginkgo_Biloba-benzelikha.jpg

Solche Frage zu erwiedern,
Fand ich wohl den rechten Sinn,
Fühlst du nicht an meinen Liedern,

Daß ich Eins und doppelt bin ? »
Goethe

« La feuille de cet arbre, qui, de l’Orient,

Est confiée à mon jardin,
Offre un sens caché
Qui charme l’initié.
 
Est-ce un être vivant,
Qui s’est scindé en lui-même,
Sont-ils deux qui se choisissent,
Si bien qu’on les prend pour un seul ?
 
Pour répondre à ces questions,
Je crois avoir la vraie manière :
Ne sens-tu pas, à mes chants,

Que je suis à la fois un et double ? » 

Goethe (traduction de Henri Lichtenberger)

 

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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 20:48

 

Chant de l’Andalousie perdue

 

Je sais qu’il n’y a de dieu que Dieu

Que le sort n’est que celui qui est écrit

Et que l’Andalousie est temps au passé

Mais le cœur pur est ainsi fait d’Adam

Que des regrets il se remplit

Pour se déverser en tristes pleurs

Sur les jours qui défilent

Sans qu’une issue ne s’y dessine

Comprendre le dessein divin est vain

Supporter avec vaillance est certain

Mais le cœur est lourd et l’œil humide

Des hommes entre eux miséricordieux

Se prennent les mains et se rappellent

En quatre-vingt dix neuf et Un

Que Seul Lui peut les sauver

De leur solitude éplorée

De leur défaite étalée

De leur destin scellé.

Abu-Abdallah-Al-Naciri-Benzelikha.jpg

 

Sache qu’en vérité

Nulle Andalousie

N’est ici à regretter 

Car seules piété et bonnes actions

Sont de notre effort meilleure provision


 

Ahmed BENZELIKHA.

 

 

 

 

 

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