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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 23:35
AHMED BEY

AHMED BEY

Hadj Ahmed, dernier bey de Constantine, est l'une des grandes figures de la résistance au colonialisme. Né à Constantine vers 1784, il fut élevé chez ses oncles maternels, les Bengana, à la campagne près de Biskra. Il apprit l'art équestre très jeune et manifesta une habileté et un courage peu communs.

Après avoir occupé plusieurs postes de responsabilité, dans la région d'Alger, il devint gouverneur du Beylik de l'Est en 1826, au temps du Dey Hussein. Grâce à sa ferme détermination et à son intelligence politique, il sut résoudre d’innombrables problèmes internes. Après avoir participé avec ses troupes à la défense d'Alger en 1830. Il livra et remporta sa première bataille à Constantine, en 1836, contre les troupes commandées par le maréchal Clauzel.

Le 21 novembre 1836, un corps de 8.700 hommes arrive devant Constantine. Ahmed Bey avait organisé ses forces de la façon suivante: une partie, commandée par Ben Aïssa Fergani et Mohamed Benlebedjaoui, prit en charge la défense de la ville; la seconde, qu'il commandait lui-même, se porta au-devant de l'ennemi. L'armée française entreprit vainement deux assauts par le pont, mais elle fut défaite par les Algériens, plus habiles.

Battant en retraite, poursuivis par les Algériens, les soldats français abandonnèrent sur le terrain armes, bagages et blesses. Ce repli catastrophique eut lieu le 23 novembre.

En 1837, l'état-major français décida de mener une seconde expédition, qui fut confiée au général comte de Damremont. Celui-ci disposait de 20.400 hommes, dont 16.000 combattants, d'une artillerie importante commandée par le général Valée et d'un corps de génie comprenant des officiers d’élite.

Le 5 octobre, cette armée arriva à Constantine. Dès la première confrontation, Damremont fut tué et remplacé par Valée. Le siège fut terrible, mais devant la supériorité en hommes et en matériel de l'armée française, les défenses de la ville commencèrent à fléchir.

La puissance de feu de l'artillerie française causa des dégâts considérables dans les fortifications de Constantine et fit d'innombrables victimes militaires et civiles, et, le 13 octobre 1837, trois colonnes de fantassins entrèrent dans la ville par les brèches pratiquées dans les remparts. Mais il fallut à l'armée française prendre rue par rue, maison par maison tant la détermination des Constantinois était grande.

La ville finit par tomber entre les mains de l'ennemi, qui subit pourtant de lourdes pertes. La ville fut mise à sac et un véritable massacre eut lieu quand l'artillerie lourde française bombarda les familles, femmes et enfants, qui s'enfuyaient éperdument par les ravins. Hadj Ahmed Bey n'abandonna pas pour autant la lutte, et, ayant réussi à sortir de la ville avec quelques cavaliers, il se rallia des tribus de la région et se dirigea vers les Aurès, en passant par Biskra.

Il incita les populations de la région à organiser la résistance pour paralyser les mouvements de l'envahisseur. Mais, de plus en plus isolé et affaibli et après plus de dix années de combat, il se rendit en juin 1848. En résidence surveillée à Alger, il ne tarda pas à y mourir, en 1850 et fut enterré au cimetière du mausolée de Sidi-Abderrahmane El-Thaalibi.

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 21:46

Au hasard du Net, une découverte : cette photo rare de l'Emir 

Emir-abdelkader-photo-inedite-Ahmed-Benzelikha.jpg

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 21:00

Emir-Abdelkader.jpg

 

Source : link

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 18:28

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 22:00

Ben-Badis-Benzelikha.jpg16 avril1940 - 16 avril 2012.

Il y a soixante-douze ans, disparaissait Abdelhamid Ben Badis.

Nous reprenons, ci-dessous, des extraits des statuts de l'association qu'il a fondée en 1931.

 

EXTRAITS DES STATUTS DE L'ASSOCIATION DES OULAMAS MUSULMANS ALGERIENS
"Djamiat el oulama el mouslimin el djazaïriyin" 1931

Fondée par Abdelhamid-Benbadis



BASES FONDAMENTALES DE LA DOCTRINE DE L'ASSOCIATION



I L'Islam est la religion de Dieu, c'est l'émanation directe et réelle de Dieu.

II L'Islam est par excellence la religion de l'humanité, sans lui, celle-ci ne peut donc aspirer au bonheur et ce pour les raisons suivantes :

1- Il prêche, non seulement la fraternité musulmane entre tous les Musulmans, mais aussi et à titre égal, la fraternité humaine pour tout le genre humain.

2- Il décrète l'égalité absolue au point de vue de la dignité humaine et des droits humains entre tous les hommes, sans distinction de races, ni de couleurs.

3- Il impose comme règle absolue la justice entre tous les hommes, sans distinction d'aucune sorte.

4- Il prêche la bonté dans le sens le plus général du mot.

5- Il condamne l'iniquité dans ses formes les plus variées, en interdit la plus bénigne à tout individu, quel qu'il soit, à l'égard de qui que ce soit.

6- Il honore et glorifie la raison et recommande de baser tous les actes de la vie sur le raisonnement.

7- Il prescrit à ses propagateurs d'imposer sa doctrine par l'argument et la persuasion, non par la ruse et la contrainte.

8- Il laisse aux croyants de chaque religion la liberté et le soin de comprendre et d'appliquer les préceptes de leur foi.

9- Il permet aux pauvres de participer à la fortune des riches par des moyens légaux (...).

10- Sa morale repose sur les points suivants : Pitié pour les démunis, aide aux incapables, instruction aux ignorants, bons conseils aux égarés, assistance aux nécessiteux, secours aux malheureux et aux opprimés, châtiment aux oppresseurs.

 

Abdelhamid Ben Badis.

 

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 23:04

 

Novembre 1836 : La première bataille de Constantine


               175ème anniversaire de la victoire algérienne

 

 Peinture-d-Hocine-Ziani--huile-sur-toile--200-x-400-cm--199.jpg


 

Il y a cent soixante-quinze ans, en novembre 1836, les troupes françaises échouèrent dans leur première tentative de prise de la ville de Constantine. 


Cette défaite n’était due ni au manque de lucidité du Maréchal CLAUZEL, commandant l’expédition , ni au refus du gouvernement français de l’époque de lui fournir des renforts, ni aux conditions climatiques, que se plaisent  à invoquer les versions française, mais bien à la résistance  des enfants du pays .


La Résistance, cette valeur dont on ne soulignera jamais assez l’importance, pour la dignité humaine et le destin des peuples.

            Constantine-chasseriau-_-interieur-decole-arabe-a-constanti.jpg               

Daté du 20 novembre 1836, l’ordre du jour signé du Maréchal CLAUZEL, annonçait, dûment, la prise de Constantine.

 

Hélas, ce 21 novembre, sous la pluie glaciale qui n’en finissait pas de tomber, le Maréchal Gouverneur Général de l’Algérie et son escorte, devaient se rendre à l’évidence : ils étaient certes là, surplombant la ville objet de leurs convoitises, mais sans que celle-ci ne s’offre à eux, autrement que par le regard. Et le spectacle était bien celui d’une cité hostile, rejetant toute avance.

 

constantine fromentin

 

L’ordre du jour, antidaté, n’était que leurre. La réalité s’imposa à l’Etat-major, Constantine ne se rendait pas, ses habitants n’ouvriraient pas ses ports, n’abandonneraient pas leur bey et s’étaient préparés au combat. Tout cela contredisait fort les promesses de capitulation qu’avaient fait miroiter aux yeux de ses maîtres, l’aventurier Youssef que la France avait nommé bey de l’Est à Annaba.

 

Toutefois la décision de prendre d’assaut la ville fut prise. « Alea jacta est » durent pour cela se dire, en bons émules de César, les militaires français, oublieux du fait que « les hommes croient ce qu’ils désirent », comme souligné par le même César. 

 

          L’armée expéditionnaire était constituée de plus de 8000 hommes, face à eux, à peine plus de 1200 hommes composaient les troupes algériennes. Celles-ci étaient divisées en deux, le plus gros était sur les remparts, tandis que le reste , formé de cavaliers , parcourait la campagne environnante, guettant  les occasions propices pour harceler l’ennemi. Ce dernier occupait deux positions, face aux entrées de la ville, au plateau du Mansourah vers l’Est et  sur le monticule du Coudiat à l’Ouest. 

 

         En butte au froid et à la déception, les Français durent encore faire face, en cette veillée d’armes, à un mouvement de mutinerie partielle, la soldatesque pilla les cantines, se saoula à mort , livrant le camp à un désordre indescriptible, dont les assiégeants se seraient bien passés. Au matin , malgré la perte du convoi des vivres et les pertes enregistrée du fait des escarmouches nocturnes , que le comportement inconscient des mutins contribua  à faire réussir, les Français s’affairèrent à préparer le siège.

 

           Ainsi fut installée une série de batteries sur les hauteurs de l’actuel quartier de Bab El Kantara, face au pont du même nom. On s’essaya aussi de hisser un canon sur la butte de Coudiat  Sidi Aty, mais sans y parvenir, sous le feu nourri des postes avancés constantinois. Ce même feu nourri qui empêchera, le soir , une incursion de reconnaissance sur le pont d’El  Kantara.

 

constantine-1836-victoire-benzelikha.jpg


  Le Lendemain, 23 novembre, l’initiative fut algérienne, puisque la Cavalerie, sous le commandement d’Ahmed Bey, attaqua divers points du bivouac, lui infligeant de solides pertes, démontrant que «  la furia » n’était pas un apanage « francese ». 

 

              Ces attaques poussèrent l’Etat- Major à hâter le moment de l’assaut final, qui fut donc décidé pour la nuit même. On rapprocha une batterie, face à la porte d’El Kantara et la canonnade commença.  Les Français avaient convenu d’attaquer au niveau de deux accès : Bab El Kantara et Bab el Oued (actuellement Place du 1er Novembre).   A minuit, les troupes s’élancèrent à l’assaut, elles fondirent sur l’aérienne cité, selon deux mouvements, l’un à partir de l’Ouest, du Coudiat  vers Bab El  Oued, l’autre à partir de l’Est, du Mansourah vers Bab El Kantara.

 

Ahmd bey benzelikha blog

 

               Les Algériens, sur le qui-vive, firent immédiatement face, pour faire échouer les deux attaques ennemies. Aucune des deux  portes, qui gardaient la ville entourée de remparts, n’eut à céder, les sapeurs français ne réussirent même pas à les entamer, eux pourtant couverts de la gloire du siège de Dantzig, à l’origine de leur position privilégiée dans les défilés.

 

    A Bab El  Kantara, les assiégeants se distinguèrent par leur faiblesse face à l’organisation des Algériens, ils se bousculèrent les uns les autres, après qu’on les eut  faussement convaincus par un stratagème que la voie était libre. A Bab El  Oued, grâce à une intervention algérienne, ils perdirent le sac de poudre destiné à faire exploser la porte.

 

    Devant la supériorité, en termes de stratégie, de l’ennemi, le commandement français fit vite sonner la retraite, de peur d’un désastre plus grand, d’autant que munitions et vivre suffisaient à peine à  assurer celle-ci .Dans sa hâte , la colonne expéditionnaire abandonnera jusqu'à ses blessés.

 

constantine-1836-victoire-benzelikha-4.jpg

           


          Ainsi finit, dans la confusion et la débandade, le premier siège de Constantine. Les pertes françaises, entre le siège , l’assaut et la retraite, furent parmi les plus importantes qu’enregistra l’Invasion de l’Algérie, entre 2000 et 3700 hommes , selon les propres sources françaises contemporaines de l’événement (notamment A. NETTEMENT et le Duc d’ORLEANS). 


           Les assiégés avaient opposé la plus vive résistance. Mieux organisés, plus motivés et en hommes de principe, n’entendant par céder à l’envahisseur, ils avaient réussi à vaincre, infligeant à une armée moderne aguerrie par les guerres de l’Empire, une défaite retentissante. clauzel

 


          Un auteur français, Alfred NETTEMENT, relate, admiratif, dans son ouvrage intitulé CONQUETE DE L’ALGERIE, paru en 1870, l’épilogue de cette victoire algérienne, en écrivant :

 

« La bataille avait duré toute la nuit et au petit jour, les nôtres (les Français) entendirent des voix mâles et vibrantes qui (…)entonnaient des chants (…) c’étaient les défenseurs de la ville qui,     après avoir victorieusement repoussé nos colonnes faisaient la prière. Dans l’accent de cette voix, où frémissaient encore l’émotion du combat et la joie de la victoire, contenues par les recueillement d’une pensé qui se met en la présence de Dieu, il y avait quelque chose d’inexprimable que  n’oublieront jamais ceux qui les entendues ».

  

 

           Quel meilleur témoignage de l’élévation des hommes que celui, en cela, de leurs propres ennemis !

 

constantine-palais_du_bey.jpg 

                                                                                                                    Ahmed BENZELIKHA

_____________________

     

  

                                                                                                                                                                             

                                                                                                     

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 23:00

Humain, enthousiaste et visionnaire.

 

Novembre qui dit non.

 

« Qu’est qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non ».

 

Ces premiers mots en exergue à « L’homme révolté » de Camus traversent les temps et les vicissitudes pour nous rappeler, après plus d’un un demi-siècle, une évidence, une idée simple et complexe à la fois, un acte de foi en l’homme de ce pays .Cette patrie si chère que nuls mots ne sauraient surpasser en beauté « Tahya El Djazair » ( Vive l'Algérie ).

 

Réduit à sa premier manifestation, le refus d’une situation ,de l’injustice d’une condition faite à tout un peuple, Novembre se dévoile enfin dans son universalité ,dans son « intemporalité ».

 

L’acte est nu, débarrassé des oripeaux de la réification. L’acte est vrai ,délivré du prosaïsme des hommes et des contingences. Novembre est comme une religion , les rites parfois en masquent , s’ils n’en travestissent , la foi . Alors loin des églises et des chapelles, Novembre donne rendez- vous au cœur des hommes , ceux d’hier et d’aujourd’hui , ceux d’ici ou d’ailleurs , tous ceux qui osent du fond de leur dignité dire : « non ». Novembre est d’abord un legs , en cela il est d’abord ce qu’en font ses héritiers , chaque jour que Dieu fait depuis 1954 , il est pour certains l’œil de Dieu poursuivant Caïn, il est pour d’autres plus proche d’eux que leur veine jugulaire. Novembre est le jugement de Dieu en Algérie .

 

De Novembre ou de juillet, la jeunesse aurait plus mérité du premier que du second , des tresses les épines auraient été plus dignes que les lauriers, pour couronner le courage téméraire et la foi « absurde » de ceux qui comme le Prophète se sont vus traités de fous. Juvénile dans son enthousiaste essence, dans son inébranlable conviction, dans son inaltérable détermination et dans ce joyeux et généreux don de soi , si remarquable dans cette photographie des Six, à la veille d’une si belle consécration au pays qui les a vus naître, Novembre interpelle toutes les jeunesses d’age et de cœur. Moderne, actuel, à venir, Novembre est de notre présent, parce qu’il est toujours temps de dire « Non » pour mériter de ses semblables d’abord, de son époque ensuite.

 

Que l’on relise la proclamation du 1er Novembre, dont les idéaux de justice, de dignité et de liberté, repris depuis par nombre de combats libérateurs de par le monde, sonnent toujours en ce 21ème siècle comme le premier cri du nouveau-né. Parce que porteurs d’une vision , d’un projet inscrit comme possible de par la seule grâce de la volonté, d’un être à venir est qui est déjà, malgré l’hostilité des contingences, ces idéaux immuables pour l’homme interpellent encore l’histoire.

 

Car être moderne, c’est se séparer d’un passé, parce qu’inique, c’est partir aujourd’hui, plus loin qu’hier, pour ne faire qu’un avec de justes aspirations, c’est témoigner de sa liberté et de son engagement dans le temps qui nous est imparti ici-bas. C’est être de son temps et on ne le peut qu’en le faisant, qu’en se l’appropriant.

 

Humain ,enthousiaste et visionnaire, Novembre fut le fait d’hommes généreux résolus à donner le meilleur d'eux même et il en sera toujours ainsi.

 


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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 17:12

Voulant prouver, un peu à la manière de Pharaon face à Moïse, que les saints hommes qui aidaient à la farouche résistance des Algériens à l'occupation, n'avaient pas plus de pouvoirs qu'un illusioniste, la France coloniale fit appel, en 1856, à Jean-Eugène Robert-Houdin, célèbre magicien français.


Celui-ci fut officiellement chargé, par le Général Randon, de la mission de contrer les "marabouts qui exercent une influence néfaste sur les populations" et séjournera en Algérie, dans ce cadre, entre septembre et novembre 1856.


Robert-Houdin écrira dans son ouvrage Confidences et révélations : Comment on devient sorcier, Editions A. Delahays, Paris, 1868 (Réeditions : Slatkine, 1980 et Omnibus, 2006) :

" Il fut convenu que je serais rendu à Alger pour le 27 septembre (1856), jour où devaient commencer les grandes fêtes que la capitale de l'Algérie offre annuellement aux Arabes. Je dois dire aussi que ce qui influença beaucoup ma détermination, ce fut de savoir que la mission [...] avait un caractère quasi politique. [...] On n'ignore pas que le grand nombre des révoltes [...] ont été suscitées par des intrigants qui se disent inspirés par le Prophète, et qui sont regardés par les Arabes comme des envoyés de Dieu sur la terre, pour les délivrer des [...] roumi (chrétiens). Or, ces faux-prophètes, ces saints marabouts qui, en résumé, ne sont pas plus sorciers que moi, et qui le sont encore moins, parviennent cependant à enflammer le fanatisme de leurs coreligionnaires à l'aide de tours de passe-passe ".

 

 

   Robert-Houdin-benzelikha-copie-1.jpgTimbre français de 1971 rendant hommage à Robert-Houdin


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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 23:31

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 22:25

Tarzan, le nom à lui seul évoque les images et les sensations les plus vives. Celles rattachées à l'aventure et à l'action exaltante, à la jeunesse et aux rêves ardents. Né en Amérique, en 1912, sous la plume d'Edgar Rice Burroughs, son nom raisonnera partout dans le monde, avec la même ferveur, dans le cœur de millions de lecteurs puis rapidement de spectateurs.


En Algérie, c'est sous les traits de Johnny Weissmuller, le bel acteur champion du 100 mètres crawl, que Tarzan conquit les cœurs et les esprits de milliers de jeunes.

  Trz.jpg

 

A Constantine, par exemple, Tarzan est né sous les yeux encore émerveillés par la magie des frères Lumière, aux salles d'antan Nunez et Cirta. Deux salles de cinéma «indigènes», dont on se souviendra que la seconde accueillit Farid El Atrache, pris à partie par des militants du PPA, pour le «saut périlleux» qu'avait fait son «tapis volant» musical par-dessus l'Algérie et sa revendication identitaire.

 

Rapidement, aux piscines de Sidi M'cid et à la Cuvette, près de la Gare, au niveau de la Forêt des Pins il y eut des Tarzan et un djebel Tarzan.

 

Du côté de Sidi M'cid, c'était le culte du beau corps, on nageait, on faisait du vélo sur la route de Mila, on était sociétaire du CSC, né en 1898, s'il vous plaît (pour alimenter la traditionnelle polémique avec le MCA), on faisait partie des scouts, on se gominait les cheveux, on écoutait Abdelouahab, on portait parfois un Osmanli (Fez) et... on aimait Hollywood.


Deux figures en particulier frapperont les jeunes esprits d'alors, «Ralph Scamboot» pour Randolph Scoot et Johnny Weissmuller.

 

Nul hasard s'il s'agit là des acteurs représentatifs des deux grands genres qui firent le succès du cinéma populaire américain, le western et le film d'aventures.

 

Auxquels il faut ajouter le comique avec Bétabot et Locstello, pour Bud Abbot et Lou Costello, dont on a longtemps inversé les noms, au gré des consonances : Bétabot «faisant» gros et Locstello plutôt maigre.

 

Tarzan était pour les gamins qui allaient jouer au ballon à la Cuvette, du côté du Chalet des Pins, un modèle qu'ils suivaient déjà de la manière la plus élémentaire, en s'accrochant à de longues cordes nouées aux branches des arbres, comme autant de lianes pendantes, sur un monticule baptisé depuis lors Djebel Tarzan, imitant le célèbre cri de la jungle (en fait du Tyrol natal du père de Johnny Weissmuller).

 

 

 

Il y eut une tentative d'imposture, qui révolta les enfants de Sidi Rached, de Sidi Mimoun et de Sidi Eldjellis, qui dénoncèrent à grands coups de boycott, l'apparition d'un «faux» Tarzan à l'écran : le pauvre Buster Crabbe reparti, illico presto et sans demander son reste, en Pathé métropolitaine.

 

Tarzan était ce personnage mythique, sauvage comme le colonisé, héritier déchu d'une grande lignée, comme les Arabes, mais capable de réussir et de dominer le monde malgré son dénuement, comme les indigènes, jusqu'à prendre sa revanche sur l'histoire, qu'on se rappelle Tarzan en smoking dans Les Aventures à New York, comme les Algériens.

 

C'est pourquoi le cinéma fut un formidable outil d'ouverture sur le monde, une projection des aspirations à une vie meilleure et donc de promotion des idées et des valeurs universelles.

 

Comme il développera le sens esthétique et constituera un puissant levier à la réflexion.

 

Les studios d'Hollywood et de Misr furent, malgré eux, les instigateurs d'une nouvelle vision du monde et de soi chez les jeunes Algériens nés dans les années 1930.

 

C'est le film Tarzan, l'homme singe, réalisé en 1932, douze ans après le premier Tarzan du cinéma, qui rend le personnage d'Edgar Rice Burroughs célèbre et consacre, plus que le roman et la bande dessinée, le mythe.

 

 

Un mythe particulier, populaire mais aussi profondément philosophique, qui relève tant de l'aventure que de l'humanisme. Une allégorie qui consacre l'espoir d'un retour à la nature, à un monde certes primitif et hostile, mais dominé par l'homme, libéré des aliénations de la société mercantile et mécaniste.

 

A l'inverse des Superman et Batman, c'est un héros sans costume, à mains nues, libre et heureux, qui trouve sa force en lui-même, dans un arc-boutement de la volonté, dans un prodigieux dépassement de soi, que symbolisent admirablement les illustrations de Burne Hogarth, ou l'image de Tarzan atteint parfois au sublime de l'expression humaine.


tarzan_hogarth.jpg

 

 

De l'archétype de Tarzan débouchait toute une vision du monde, avec l'adhésion aux valeurs pérennes du dépassement de soi.


Bonté naturelle, volonté agissante et action transcendante,le meilleur de l'homme, voilà la parabole à portée du plus grand nombre, qu'offrait aux jeunes algériens d'alors le mythe de Tarzan. Et qu'il peut encore offrir à ceux d'aujourd'hui.

 


 

 hogarth.jpg

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